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Philadelphia, Pennsylvania

Ce vendredi saint, une question s'impose, nette et sans détour : ils ont tué Jésus deux fois. Une première fois sur la croix. Une deuxième fois dans les textes, les dogmes, les Églises. Et la deuxième mort est peut-être la plus grave.

L'homme qu'on vous cache

Pour comprendre Jésus, il faut d'abord comprendre le monde dans lequel il est né. La Palestine du premier siècle est une province occupée. Rome domine. Les impôts écrasent. Le Temple de Jérusalem est autant un centre de pouvoir économique qu'un lieu de culte. C'est dans ce contexte que naît un fils de charpentier, sans titre, sans école rabbinique, sans appartenance à la classe sacerdotale.

Ses premiers mots publics, rapportés dans l'évangile de Luc, sonnent comme une déclaration politique :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux captifs… pour renvoyer libres les opprimés. »
— Luc 4:18

Les pauvres. Les captifs. Les opprimés. Ce n'est pas un programme théologique abstrait. C'est un programme de libération sociale. Jésus ne fonde pas une religion. Il annonce un renversement de l'ordre établi.

Et quand il entre dans le Temple et renverse les tables des changeurs — « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (Jean 2:16) — ce geste n'est pas symbolique. C'est un acte de rébellion directe contre l'alliance entre le clergé et l'argent. C'est pour cet acte autant que pour ses paroles qu'il sera arrêté et condamné.

Paul de Tarse : l'homme qui a réécrit Jésus

Voici un fait que les Églises préfèrent ne pas souligner : Paul n'a jamais rencontré Jésus de son vivant. Il n'a pas marché avec lui en Galilée. Il n'était pas au Sermon sur la montagne. Il était même, de son propre aveu, un persécuteur des premiers disciples (Actes 8:3). Après une expérience mystique sur le chemin de Damas — une vision que personne d'autre ne peut vérifier — il devient le principal architecte de la théologie chrétienne.

Autrement dit : la foi que deux milliards d'humains pratiquent aujourd'hui a été construite en grande partie par un homme qui n'a jamais vu Jésus en chair et en os.

Le glissement entre les deux est saisissant. Jésus dans Matthieu 22:39 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Simple. Direct. Ancré dans le réel. Paul dans Romains 3:25 : le sang, la propitiation, la justification par la foi. Jésus invitait à agir. Paul invite à croire.

Et surtout, Paul écrit dans Romains 13:1 :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu. »

Ce texte a servi à justifier l'esclavage. Il a servi à bénir la colonisation. Il a ordonné aux peuples vaincus de plier. Est-ce que l'homme qui a renversé les tables du Temple aurait écrit ces mots ? Non. Ce n'est pas Jésus. C'est Paul. Et c'est avec Paul, pas avec Jésus, que les missionnaires ont évangélisé l'Afrique et les Amériques.

La résurrection : vérité ou construction ?

L'existence d'un homme nommé Jésus, exécuté sous Ponce Pilate, est historiquement crédible. Tacite le mentionne dans ses Annales vers l'an 116. Flavius Josèphe y fait également allusion. Ce point, les historiens sérieux l'acceptent généralement.

Mais la résurrection est une autre affaire. Les quatre évangiles racontent l'événement sans s'accorder sur les détails. Qui est allé au tombeau ? Une femme selon Jean, deux selon Matthieu, trois selon Marc, un groupe indéterminé selon Luc. Qui ont-elles trouvé ? Un jeune homme, un ange, deux hommes, deux anges, selon l'évangile que l'on choisit. Ces contradictions ne prouvent pas l'absence de résurrection, mais elles prouvent que les évangiles ne sont pas des rapports de témoins oculaires neutres.

Et il y a une contradiction interne que personne ne lit en chaire : Jésus lui-même annonce dans Matthieu 12:40 qu'il sera « trois jours et trois nuits dans le sein de la terre ». Or, de vendredi soir au dimanche matin, on ne compte pas trois jours et trois nuits. On compte trente-six heures au plus.

On peut reconnaître la grandeur d'un message sans accepter le mythe bâti autour de lui. Thomas Jefferson a produit une Bible expurgée de tout miracle, ne gardant que l'enseignement moral de Jésus. Gandhi a dit : « J'aime le Christ, je n'aime pas les chrétiens. » Penser n'est pas un péché. Douter n'est pas une trahison.

Ce que Jésus dit encore aux peuples opprimés

Haïti a reçu le christianisme dans les bagages de la colonisation. Les colons lisaient Paul — soumettez-vous à vos maîtres. Les esclaves n'avaient pas le droit de lire. Et pourtant, Toussaint, Dessalines, Capois-la-Mort ont brisé leurs chaînes. Ils n'ont pas attendu le paradis. Ils ont construit leur liberté ici, avec leur sang, sur cette terre.

Après l'indépendance, l'institution religieuse est revenue faire son travail : apprendre au peuple haïtien à souffrir en silence, à donner à l'Église l'argent qu'il n'a pas, à attendre Dieu pendant que les oligarques pillent.

Si Jésus était haïtien aujourd'hui, il ne serait pas dans une mégaéglise de Pétion-Ville. Il serait dans les rues de Cité Soleil. Et les pasteurs en costume lui demanderaient de se calmer, exactement comme les pharisiens le lui ont demandé.

Matthieu 7:16 : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. »

Regardez les fruits. Regardez la misère du peuple. Regardez l'enrichissement des pasteurs. Regardez le silence des évêques devant les gangs. Et décidez par vous-même si ce que vous voyez ressemble à l'homme qui a dit : « Je suis venu pour que les opprimés soient libres. »


Émission spéciale Vendredi Saint — La voix de la Dissidence | Dissidents FM | PC-509 | Tout-Haïti

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