
« Dieu rejette les prières des dirigeants qui font la guerre. » Ainsi parle le pape Léon XIV, condamnant, sans détour, les conflits déclenchés sans nécessité, visant notamment Benjamin Netanyahu et Donald Trump. La formule frappe, mais elle arrive tard et reste incomplète. Elle dénonce les effets, sans remonter aux racines.
Car il faut dire les choses sans détour. Lorsqu’on connaît l’histoire de la Donation de Constantin, ce faux qui a servi de fondement politique et symbolique à l’autorité de l’Église catholique, il devient difficile de faire comme si de rien n’était. Ce socle, fragilisé par le mensonge, contamine l’ensemble de l’édifice. Dans ces conditions, retourner à l’église pour enseigner à d’autres que le Dieu biblique siège au-dessus de nous et qu’il écoute chaque prière devient une imposture que je refuse désormais d’entretenir.
Pourtant, je ne ferme pas la porte à toute coexistence. Une condition demeure, claire, ferme, non négociable. Que les hommes de foi cessent de détourner les regards vers l’invisible pour mieux ignorer le visible. Qu’ils recentrent leur mission sur ce qui est tangible, immédiat et vérifiable. Ce qui se passe ici, sous leurs yeux, dans la chair du monde.
Je ne cherche pas à convertir qui que ce soit à ma manière de penser. Cette exigence ne m’habite pas. Ce que je constate, en revanche, c’est un déplacement intérieur. Ma vie n’a jamais été aussi rigoureuse, aussi droite, aussi exigeante envers elle-même. Je ne laisse plus le jugement des autres me définir, et je m’interdis de juger en retour. La paix que j’entretiens avec mes proches, avec mes amis, s’étend désormais à ceux que je ne connais pas. Elle ne dépend pas d’un dogme, mais d’un effort constant.
Cette paix n’est pas passive. Elle agit. Elle se traduit par une attention réelle à ceux qui manquent de tout. J’aide autant que je le peux, sans mise en scène, sans attente de retour. Le mensonge me répugne. Le mal, sous toutes ses formes, m’insupporte. Voilà des faits simples, concrets et vérifiables. Pourtant, si je dis que je ressens une présence intérieure que d’autres appelleraient Dieu, on me regardera avec suspicion, comme si cette expérience devait nécessairement passer par une institution pour être légitime.
C’est pourtant cela que je souhaite à chacun. Non pas une adhésion à un système, mais une transformation intime. Que chaque être humain fasse l’expérience d’une exigence intérieure qui oriente ses actes. À partir de là, les comportements changent. Ils changent radicalement. Et ils changent sans contrainte extérieure.
Dans un tel état, les sermons deviennent inutiles. Plus besoin de prédications contre l’adultère, la convoitise, le mensonge ou l’avidité. Ces dérives reculent d’elles-mêmes lorsque la conscience s’éclaire. Les pasteurs perdent alors leur rôle de gardiens de la morale imposée. Leur parole cesse d’être un outil de contrôle.
Et avec elle s’effondrent aussi certaines affirmations répétées sans preuve. L’idée que le retour du Christ serait imminent. La menace de l’enfer brandie pour discipliner les consciences. L’affirmation que Dieu écoute les prières, et que leur inefficacité serait due à une mauvaise formulation ou à un manque de foi. Ces discours, répétés génération après génération, finissent par enfermer les esprits dans une dépendance.
Il est temps de rompre avec cela.
Même le pape Léon XIV, lorsqu’il sort de la réserve diplomatique pour dénoncer certaines violences, montre qu’un autre langage est possible. Mais ces prises de position restent trop rares, trop prudentes, trop isolées.
Ce que j’attends des responsables religieux est simple. Qu’ils abandonnent ce qui ne repose sur rien de solide. Qu’ils cessent d’entretenir des illusions. Qu’ils dirigent leur énergie vers ce qui détruit concrètement des vies.
La faim qui ronge des populations entières. Les bombardements qui tuent des femmes enceintes et des enfants. La déforestation qui provoque des catastrophes meurtrières. L’analphabétisme qui maintient des millions d’êtres humains dans une dépendance intellectuelle. L’ignorance, entretenue ou tolérée, qui empêche toute émancipation.
Voilà le terrain réel. Voilà le champ d’action légitime.
Si les leaders religieux, qu’ils soient catholiques, protestants ou épiscopaliens, acceptent de s’engager pleinement dans cette direction, alors une collaboration devient envisageable. Non pas sur la base d’une croyance commune, mais sur celle d’un combat partagé contre des maux tangibles.
Dans ce cadre, les différences doctrinales perdent en importance. Ce qui compte, ce sont les actes. Ce sont les résultats. Ce sont les vies réellement améliorées.
Je ne demande pas l’abandon de toute foi. Je demande qu’elle cesse d’être une fuite. Qu’elle devienne une force tournée vers le monde, et non contre lui. Une force qui éclaire, au lieu d’aveugler.
Alors, oui, une cohabitation devient possible. Elle ne reposera ni sur des prières ni sur des promesses d’un au-delà incertain. Elle reposera sur une exigence simple, presque austère. Faire face au réel. Le regarder sans détour. Et agir.
Rulio Oscar, le Dissident